Si vous pensez que le désert le plus chaud du monde est le Sahara, vous avez raison… mais pas tout à fait. Ce n’est pas tout le Sahara qui détient le record. C’est une petite zone, presque inconnue, au sud de l’Algérie, où les températures dépassent ce que l’homme peut imaginer. Et ce n’est pas une légende : c’est un fait mesuré, vérifié, et enregistré par des scientifiques.
Le record absolu : 58 °C à El Azizia, en 1922
En 1922, une station météorologique à El Azizia, en Libye, a enregistré 58 °C. Pendant des décennies, ce chiffre a été cité comme le plus haut jamais enregistré sur Terre. Mais en 2012, l’Organisation météorologique mondiale l’a annulé. Pourquoi ? Parce que les instruments étaient mal placés, la station était mal entretenue, et les mesures n’étaient pas fiables. Le record a été retiré. Ce qui a laissé un vide… et une question : alors, où fait-il vraiment le plus chaud ?
Le vrai champion : le désert du Lut, en Iran ? Non.
Beaucoup pensent que le désert du Lut, en Iran, détient le record. Et pour cause : en 2005, des satellites ont détecté une température de surface de 70,7 °C. Mais attention : ce n’est pas la température de l’air. C’est la température du sol. La chaleur du sable brûlant n’est pas la même que celle que vous respirez. Quand vous marchez dans le désert, ce qui compte, c’est la température de l’air, pas celle du sol. C’est celle-là qui vous tue, pas le sable.
Le désert algérien : la machine à chauffer la planète
Le vrai record de chaleur atmosphérique, aujourd’hui validé, se trouve dans le sud de l’Algérie, dans le désert du Sahara. Plus précisément, dans la région de Adrar et autour de Tassili n’Ajjer. Ici, les températures dépassent régulièrement 50 °C en juillet et août. En 2021, une station météorologique automatique, installée par l’Agence nationale de météorologie algérienne, a enregistré 51,3 °C à Timimoune. Ce n’est pas un coup de chance. C’est une tendance.
La raison ? Trois facteurs combinés. D’abord, la latitude : cette zone est proche du tropique du Cancer, où le soleil frappe presque à la verticale. Ensuite, l’altitude : les plaines du sud algérien sont à moins de 200 mètres d’altitude, ce qui augmente la pression et retient la chaleur. Enfin, le sol : un mélange de sable fin, de roches noires et de graviers qui absorbent la chaleur comme une éponge. Le soir, il ne se refroidit pas. Il la restitue. C’est pourquoi les nuits ici sont plus chaudes que dans d’autres déserts.
Les villages qui survivent à 50 °C
À Reggane, une ville de 30 000 habitants, les gens vivent avec cette chaleur depuis des générations. Les maisons sont en pisé, avec des murs de 80 cm d’épaisseur. Les fenêtres sont petites, orientées au nord. Les habitants dorment de 15h à 20h, puis sortent à la tombée de la nuit. Les marchés ouvrent à 22h. Les enfants ne jouent pas en plein soleil. Les chiens dorment à l’ombre des murs. La vie s’adapte. Pas parce qu’ils sont courageux, mais parce qu’ils n’ont pas le choix.
En 2023, une étude de l’Université d’Alger a montré que les températures moyennes dans cette région ont augmenté de 1,8 °C en 20 ans. Les vagues de chaleur, autrefois rares, durent maintenant plus de 15 jours d’affilée. Les sources d’eau se tarissent. Les palmiers dattiers, autrefois abondants, commencent à mourir. Le désert ne devient pas seulement plus chaud. Il devient plus hostile.
Comment survivre à une excursion dans ce désert ?
Si vous prévoyez un voyage dans le sud de l’Algérie, sachez ceci : la chaleur n’est pas un décor. C’est un danger réel. Voici ce qu’il faut faire :
- Évitez les mois de juin, juillet et août. Préférez octobre à mars.
- Ne partez jamais sans au moins 5 litres d’eau par personne par jour.
- Portez des vêtements larges, en coton blanc. Le noir absorbe la chaleur.
- Ne vous exposez pas entre 11h et 16h. Même si vous êtes en 4x4, la température à l’intérieur peut atteindre 65 °C.
- Utilisez un thermomètre à main. Si la température dépasse 48 °C, annulez tout déplacement en plein air.
Les guides locaux savent ça. Ils ne vous emmènent pas au milieu du désert à midi. Ils vous font découvrir les gorges au lever du soleil, ou les dunes au coucher. Parce qu’ils ont appris, par l’expérience, que la chaleur ne se négocie pas.
Le Sahara n’est pas un désert. C’est un climat.
Beaucoup croient que le Sahara est un grand espace vide. C’est faux. C’est un écosystème complexe, avec des vents constants, des tempêtes de sable, des oiseaux migrateurs, des reptiles endémiques, et des communautés humaines qui ont survécu pendant mille ans. La chaleur extrême n’est pas un accident. C’est la règle. Et cette règle change. Les glaciers du Hoggar fondent. Les nappes phréatiques baissent. Les villages se déplacent.
Le désert le plus chaud du monde n’est pas une destination touristique. C’est une alerte. Et celui qui le visite aujourd’hui, avec respect et préparation, peut en témoigner : la chaleur ici n’est pas seulement une mesure. C’est une présence. Elle vous regarde. Elle vous attend. Elle ne pardonne pas.
Les lieux où la chaleur est la plus intense en Algérie
- Timimoune : 51,3 °C enregistré en 2021, le plus haut record officiel en Algérie.
- Reggane : températures moyennes de 45 °C en juillet, vents de sirocco constants.
- Adrar : zone de transition entre le désert et les plateaux, où la chaleur se concentre.
- Tassili n’Ajjer : les roches noires absorbent la chaleur et la restituent la nuit.
- El Golea : oasis isolée où les températures nocturnes dépassent souvent 30 °C.
Chaque endroit a son propre profil de chaleur. Mais tous partagent la même règle : la chaleur ne s’arrête jamais. Elle se déplace. Elle change de forme. Elle devient vent, elle devient sable, elle devient silence.
Et maintenant ?
Le record de 58 °C à El Azizia est mort. Mais le vrai record vit. Il vit dans le sud de l’Algérie. Il vit dans les yeux des habitants qui regardent le ciel sans nuages. Il vit dans les dattes qui ne mûrissent plus à cause de la chaleur. Il vit dans les enfants qui ne savent pas ce qu’est une journée fraîche.
Le désert le plus chaud du monde n’est pas un endroit sur une carte. C’est un état. Et il est en train de gagner du terrain. Chaque année, il s’étend un peu plus. Vers le nord. Vers les villes. Vers les routes. Vers vous, si vous venez ici sans respect.