Vous avez vu les photos : les dunes dorées du Sahara qui s’étendent à l’infini, les kasbahs de l’Ahaggar aux murs de terre cuite, les villes coloniales d’Oran et d’Annaba où le soleil se couche sur des façades pastel. Vous avez lu les guides, écouté les témoignages. Et pourtant, vous vous demandez : pourquoi pas de tourisme en Algérie ?
Les infrastructures ne sont pas adaptées aux voyageurs étrangers
Quand vous arrivez à l’aéroport d’Alger, vous ne trouvez pas de panneaux en anglais. Les guichets d’information sont vides. Les taxis ne parlent pas une autre langue que l’arabe ou le français. En dehors d’Alger, Oran et Constantine, les routes nationales sont en mauvais état. Les hôtels de luxe existent, mais ils sont rares. La plupart des hébergements proposent des chambres simples, sans climatisation, sans wifi fiable, sans service 24h/24. Pour un voyageur européen habitué à la standardisation, c’est un choc.
En 2024, l’Algérie a accueilli moins de 1,2 million de touristes étrangers - moins que la ville de Lyon en un an. Pourquoi ? Parce que le pays n’a pas construit d’infrastructures touristiques. Pas de centres d’accueil pour les groupes. Pas de réseaux de bus interurbains fiables. Pas de systèmes de réservation en ligne pour les circuits. Même les sites archéologiques comme Timgad ou Djémila n’ont pas de panneaux explicatifs en plusieurs langues. Vous arrivez, vous regardez, vous ne comprenez rien. Et vous partez.
La perception de la sécurité freine les voyageurs
Les médias internationaux parlent encore de conflits passés. Les guides de voyage mentionnent des « zones à risque » sans préciser lesquelles. Les touristes se souviennent des années 1990. Ceux qui ont voyagé en Algérie depuis 2010 savent que les villes sont sûres. Les policiers dans les rues de Tlemcen sourient. Les enfants dans les marchés de Ghardaïa vous offrent des dattes. Mais la peur reste. Elle est ancrée dans les têtes.
Les autorités algériennes n’ont jamais fait de campagne de communication internationale pour rassurer. Pas de vidéos de voyageurs étrangers racontant leurs expériences. Pas de partenariats avec des agences de voyage européennes. Pas même un site web en anglais qui présente les conditions réelles d’accès. Alors que le Maroc a investi des centaines de millions dans sa campagne « Morocco: The Experience », l’Algérie reste silencieuse. Le silence est interprété comme un danger.
Le visa, un obstacle majeur
En 2025, un touriste français doit encore demander un visa pour entrer en Algérie. Le processus prend entre 10 et 20 jours. Il faut un justificatif d’hébergement, une lettre d’invitation d’une agence locale, un passeport valide six mois après la date d’entrée. Les formulaires ne sont disponibles qu’en arabe ou en français. Les ambassades à Paris et Lyon n’ont pas de service dédié aux touristes. Vous appelez. On vous dit de revenir dans deux semaines. Vous revenez. On vous demande un document supplémentaire.
Comparez avec la Tunisie : visa gratuit pour les Européens. Le Maroc : visa exonéré pour 90 jours. L’Égypte : visa en ligne en 15 minutes. L’Algérie, elle, se ferme. Même les ressortissants de l’Union européenne, qui peuvent voyager librement dans 190 pays, doivent se plier à une bureaucratie archaïque. C’est une contradiction. Un pays riche en patrimoine, qui veut attirer les visiteurs, mais qui les repousse avec ses papiers.
Le manque d’offres touristiques structurées
Vous cherchez un circuit de 7 jours dans le Sahara. Vous tapez « voyage organisé Algérie » sur Google. Résultat : trois agences locales, pas de site en anglais, pas de tarifs clairs, pas de témoignages vérifiés. Pas de photos récentes. Pas de possibilité de payer en euros ou en carte bancaire. Vous appelez. Une voix vous répond en arabe. Vous raccrochez.
Il n’existe presque aucune agence internationale qui propose des voyages en Algérie. Aucun tour opérateur allemand, britannique ou italien ne met en avant l’Algérie dans ses catalogues. Pourquoi ? Parce que l’offre n’est pas fiable. Les circuits ne sont pas standardisés. Les guides ne sont pas formés aux besoins des étrangers. Les repas ne correspondent pas aux régimes alimentaires occidentaux. Les nuits dans les campements du désert n’ont pas de toilettes, pas d’eau chaude, pas de couvertures suffisantes.
En 2023, une étude de l’Organisation mondiale du tourisme a montré que les voyageurs veulent trois choses : sécurité, simplicité, authenticité. L’Algérie a l’authenticité. Mais elle manque des deux autres. Et sans elles, l’authenticité ne suffit pas.
La langue, un mur invisible
Le français est parlé par 70 % de la population. Pourtant, dans les zones touristiques, il est rarement utilisé. Les commerçants dans les souks de Constantine préfèrent parler arabe. Les chauffeurs de taxi à Batna ne comprennent pas les questions en français. Les musées n’ont pas de brochures en anglais. Même les panneaux de signalisation sont en arabe.
Vous avez un plan. Vous avez un itinéraire. Vous avez des mots-clés. Mais vous ne pouvez pas demander où est la station-service la plus proche. Vous ne pouvez pas dire que vous êtes végétarien. Vous ne pouvez pas expliquer que vous avez une allergie. La barrière linguistique n’est pas seulement une question de communication. C’est une question de dignité. Les Algériens sont accueillants. Mais ils ne sont pas préparés à recevoir des étrangers.
Les ressources naturelles sont sous-exploitées
L’Algérie a 1 200 km de côtes méditerranéennes. Des plages de sable blanc à Sidi Fredj, des falaises escarpées à Cherchell, des criques isolées près de Dellys. Elle a les montagnes du Kabylie avec des villages perchés comme Tizi Ouzou, où les maisons sont en pierre et les chemins en mosaïque. Elle a le désert du Hoggar avec ses rochers sculptés par le vent, ses grottes peintes il y a 8 000 ans.
Pourtant, ces trésors sont invisibles. Pas de sentiers balisés. Pas de guides certifiés. Pas de stations de location de vélos ou de 4x4. Pas de cartes topographiques disponibles en ligne. Pas de applications mobiles pour découvrir les sites. Rien. Les Algériens eux-mêmes ne connaissent pas leur patrimoine. Comment voulez-vous que les étrangers le découvrent ?
Le tourisme n’est pas une priorité nationale
Le pétrole et le gaz représentent 90 % des exportations. L’État investit dans les barrages, les autoroutes, les centrales électriques. Pas dans les musées. Pas dans les auberges de jeunesse. Pas dans la formation des guides. Les budgets alloués au tourisme sont 12 fois inférieurs à ceux du Maroc. Les projets de rénovation des sites historiques sont bloqués par la bureaucratie. Les jeunes entrepreneurs qui veulent créer des agences de voyage n’obtiennent pas de financement. Le secteur est considéré comme secondaire. Un luxe. Pas une industrie.
En 2025, l’Algérie a 17 sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le Maroc en a 9. Pourtant, le Maroc accueille 13 millions de touristes par an. L’Algérie, 1,2 million. La différence ? La volonté politique. Le Maroc a fait du tourisme un levier économique. L’Algérie l’a laissé à la marge.
Les Algériens de l’étranger, un pont manquant
Plus de 3 millions de personnes d’origine algérienne vivent en France, en Belgique, en Italie. Elles visitent leur famille. Mais elles ne voyagent pas dans le reste du pays. Pourquoi ? Parce qu’elles ne trouvent rien à faire. Pas de circuits culturels. Pas d’expériences authentiques. Pas de lieux où elles peuvent se reconnecter avec leur héritage.
Si l’Algérie lançait des programmes spéciaux pour la diaspora - des voyages organisés avec des guides historiques, des ateliers de cuisine, des visites de villages d’origine - elle pourrait créer un flux de touristes fidèles. Ces personnes ont les moyens. Elles ont le lien affectif. Elles ont la capacité de faire connaître l’Algérie autour d’elles. Mais personne ne leur propose rien.
Le changement est possible - et il commence maintenant
Ce n’est pas une question de ressources. C’est une question de volonté. L’Algérie a tout ce qu’il faut : un climat varié, une histoire riche, une hospitalité profonde. Ce qu’elle n’a pas, c’est une stratégie. Elle n’a pas de vision. Elle n’a pas de plan.
Elle pourrait commencer par trois choses simples : supprimer le visa pour les Européens, créer un site web international en anglais avec des itinéraires clairs, et former 5 000 guides touristiques dans les 12 prochains mois. Elle pourrait ouvrir des centres d’accueil dans les aéroports. Elle pourrait collaborer avec des agences françaises et italiennes pour proposer des circuits à prix abordables. Elle pourrait mettre en ligne des vidéos de voyageurs réels, pas des images de propagande.
Le tourisme n’est pas une utopie. C’est une possibilité. Et elle est là, sous le soleil du Sahara, derrière les portes des kasbahs, dans les rires des enfants du Djurdjura. Il suffit de les ouvrir.
Pourquoi les touristes évitent-ils l’Algérie malgré ses paysages magnifiques ?
Les touristes évitent l’Algérie principalement à cause de l’absence d’infrastructures adaptées, de la complexité du visa, de la peur liée à une perception ancienne de l’insécurité, et du manque d’offres touristiques claires en ligne. Même si les paysages sont exceptionnels, sans services fiables, sans communication en langues étrangères et sans facilités d’accès, personne ne prend le risque de venir.
Le visa pour l’Algérie est-il vraiment si difficile à obtenir ?
Oui. Contrairement à la Tunisie ou au Maroc, l’Algérie exige un visa pour la plupart des nationalités européennes. Le processus prend entre 10 et 20 jours, nécessite une lettre d’invitation, des documents spécifiques, et n’est pas accessible en ligne. Les ambassades ne disposent pas de services dédiés aux touristes, ce qui rend le processus opaque et frustrant. C’est un obstacle majeur pour le développement du tourisme.
Y a-t-il des endroits sûrs en Algérie pour les touristes ?
Oui. Les grandes villes comme Alger, Oran, Constantine, Tlemcen et Annaba sont parfaitement sûres pour les visiteurs. Les régions touristiques du Sahara (Tassili, Ghardaïa, Djanet) et du Kabylie sont également sécurisées. Les zones à éviter sont limitées à certaines frontières avec le Mali et la Libye, qui ne sont pas des destinations touristiques. La plupart des touristes qui visitent l’Algérie ne rencontrent aucun problème.
Pourquoi les agences de voyage européennes ne proposent-elles pas de circuits en Algérie ?
Parce que l’Algérie n’offre pas d’infrastructure touristique fiable. Pas de partenariats avec les agences, pas de systèmes de réservation, pas de garanties de qualité. Les hôtels ne sont pas certifiés, les guides ne sont pas formés, les transports sont imprévisibles. Les agences européennes ne peuvent pas vendre ce qu’elles ne peuvent pas contrôler. Elles préfèrent des destinations où tout est standardisé.
Les Algériens d’origine peuvent-ils aider à développer le tourisme ?
Oui, et ils le pourraient mieux que quiconque. Avec 3 millions de personnes d’origine algérienne en Europe, il existe un marché énorme. Des voyages organisés pour retrouver ses racines, des ateliers de cuisine traditionnelle, des visites de villages d’origine - ces offres pourraient créer un flux de touristes fidèles. Mais personne ne les propose. Il manque une stratégie ciblée pour la diaspora.